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La nouvelle logique de l’enseignement transnational en Chine : ce que les universités internationales doivent savoir

La nouvelle logique de l’enseignement transnational en Chine : ce que les universités internationales doivent savoir

Le système d’enseignement supérieur chinois connaît la restructuration la plus importante de son histoire récente. Depuis les années 1990, son expansion s’est principalement concentrée sur l’accès aux études et l’augmentation des capacités d’accueil. Cependant, en 2026, les décideurs politiques à Pékin ont réorienté leurs priorités vers un objectif différent : l’alignement stratégique. Les universités ne sont plus évaluées uniquement en fonction du nombre d’étudiants qu’elles accueillent, mais aussi de leur capacité à servir les priorités nationales de la Chine en matière de science, de technologie et d’innovation industrielle. 

Pour les partenaires de l’enseignement transnational (TNE), cette évolution a des implications profondes. « L’ère de la croissance des partenariats sans analyse critique touche à sa fin. » Un nouveau modèle, plus sélectif, est en train d’émerger : un modèle qui récompense un alignement étroit sur les objectifs de développement de la Chine tout en écartant les programmes qui ne présentent pas de pertinence stratégique.


La restructuration interne de la Chine indique une nouvelle orientation

Deux décisions récentes illustrent l’ampleur de cette transformation. En avril 2026, la Shenzhen University a annoncé la suspension des admissions dans 26 programmes de premier cycle, notamment en physique appliquée, bio-ingénierie, ingénierie des réseaux et sciences infirmières. Cette liste comprenait des disciplines en sciences humaines où l’offre est devenue excédentaire, des domaines génériques des STIM (sciences, technologies, ingénierie et mathématiques), ainsi que des programmes en technologies de l’information autrefois très prisés, mais dont les cursus ne correspondaient plus aux besoins de l’industrie.

Quelques semaines plus tôt, la School of Mathematical Sciences de la Fudan University a annoncé qu’elle cesserait de recruter des étudiants en maîtrise de recherche à partir de 2027, suivant ainsi une décision similaire prise par son département de physique. Selon les données du ministère de l’Éducation, les admissions en maîtrise de recherche ont été réduites de 6 000 places en 2025, tandis que les places en maîtrise professionnelle ont augmenté de 19 000, avec pour objectif que ces dernières représentent les deux tiers de l’ensemble des inscriptions en maîtrise.

Il ne s’agit pas de simples mesures budgétaires isolées. Ce sont des signaux structurels. La Chine concentre désormais ses ressources sur les programmes qui soutiennent directement les « nouvelles forces productives de qualité » (new quality productive forces). Cette expression, inscrite dans le 15e Plan quinquennal (2026-2030), désigne des secteurs stratégiques tels que l’intelligence artificielle, les semi-conducteurs, la biomédecine, les énergies vertes et l’industrie manufacturière de pointe.


Les autorisations en matière d’enseignement transnational révèlent une nette préférence pour les domaines prioritaires

Les décisions d’approbation du ministère chinois de l’Éducation confirment cette nouvelle sélectivité. En 2025, le ministère a approuvé un nombre record de 285 nouveaux partenariats d’enseignement transnational (TNE) répartis dans presque toutes les provinces et municipalités du pays. La grande majorité de ces partenariats concernait l’ingénierie, la science des données, l’intelligence artificielle et les technologies émergentes. Les programmes généraux de commerce et de gestion, autrefois au cœur de l’enseignement transnational, ne représentaient plus qu’une part décroissante des nouvelles approbations.

Parallèlement, le cadre d’approbation a été simplifié pour les partenaires de haute qualité. Les règles dites des « quatre tiers » (Four One-Third Rules), qui imposaient aux universités internationales de fournir au minimum un tiers des ressources relatives aux programmes étrangers, aux cours fondamentaux, au personnel enseignant et aux heures d’enseignement, ont été supprimées pour un groupe pilote de 31 universités d’élite. Une procédure accélérée d’approbation en 45 jours ouvrables est désormais proposée pour les dossiers solidement préparés.

Le message adressé aux partenaires internationaux est clair : la Chine ne ferme pas ses portes à l’enseignement transnational, mais elle redessine la manière d’y accéder.  Les partenariats qui apportent une expertise dans des domaines stratégiques, intègrent des composantes de recherche conjointe et démontrent des résultats clairs en matière d’employabilité des diplômés bénéficieront d’un environnement favorable. En revanche, ceux qui reposent uniquement sur la notoriété d’une marque et sur des diplômes généralistes rencontreront davantage de difficultés.


Implications pour les universités internationales

Pour les établissements situés hors de Chine, l’évolution du paysage exige une nouvelle stratégie. Il ne suffit plus de transposer un programme d’études du pays d’origine sur le campus d’un partenaire chinois. Aujourd’hui, un enseignement transnational réussi repose sur trois éléments essentiels.

Premièrement, un alignement des programmes sur les priorités officiellement définies par la Chine. L’intelligence artificielle, les technologies vertes, la biomédecine, les matériaux avancés et les semi-conducteurs figurent explicitement parmi les domaines prioritaires.

Deuxièmement, l’intégration de la recherche. Les partenariats les plus valorisés comprennent des laboratoires conjoints, la codirection de doctorats et des échanges de membres du corps professoral.

Troisièmement, les résultats obtenus par les diplômés. Les étudiants chinois et les employeurs s’interrogent de plus en plus sur les débouchés : où travaillent les diplômés et quel niveau de rémunération obtiennent-ils ?

Le modèle 3+1+1 — trois années d’études en Chine pour l’obtention d’un baccalauréat, suivies de deux années à l’étranger pour l’obtention d’une maîtrise — est devenu particulièrement attractif. Il permet d’obtenir un diplôme de premier cycle et une maîtrise étrangers pour un coût inférieur de 30 à 50 % à celui d’un cursus entièrement suivi à l’étranger, tout en offrant aux étudiants une expérience d’immersion progressive.


Un système en pleine maturité, non un système fermé

Certains observateurs ont interprété la sélectivité croissante de la Chine comme un recul de l’internationalisation. Les faits suggèrent pourtant le contraire. Le rapport de travail du gouvernement pour 2026 appelait explicitement à « élargir l’ouverture de haut niveau » et à « promouvoir les échanges entre les communautés universitaires chinoises et étrangères ». Le nouvel Institut international de recherche de l’UNESCO sur l’enseignement des STEM, basé à Shanghai, a d’ailleurs pour mission explicite de contribuer à l’élaboration des normes mondiales en matière d’enseignement des STEM, une mission résolument tournée vers l’international.

Ce qui a changé n’est pas l’engagement en faveur de l’ouverture, mais les modalités de cette ouverture. La Chine ne recherche plus l’enseignement transnational pour lui-même. Elle considère les partenariats internationaux comme des instruments de renforcement des capacités stratégiques. Les universités qui comprennent cette logique et adaptent leur offre en conséquence trouveront une porte non seulement ouverte, mais accueillante. 

La concurrence mondiale pour attirer les talents et exercer un leadership dans la recherche s’intensifie. Le système d’enseignement supérieur chinois se positionne pour relever ce défi à partir d’une position de force. Pour les partenaires internationaux, la question n’est plus de savoir s’il faut s’engager, mais comment le faire avec clarté, qualité et une vision stratégique affirmée.