Publié le avr. 2026
Partager
À travers la région du Golfe, les universités investissent massivement dans la stratégie, la transformation numérique et leur positionnement à l’échelle mondiale. Pourtant, l’une des forces les plus puissantes qui façonnent l’avenir de l’enseignement supérieur apparaît rarement dans les rapports institutionnels.
Il s’agit du travail des enseignants — souvent invisible, souvent non mesuré — qui se déroule discrètement derrière les portes des salles de classe. Un enseignant repense une évaluation pour la rendre plus authentique. Un autre accompagne un collègue confronté à l’intégration de l’intelligence artificielle. Un responsable de programme introduit des pratiques pédagogiques inclusives qui transforment l’engagement des étudiants du jour au lendemain. Ces évolutions modifient profondément l’expérience étudiante, mais elles restent fréquemment invisibles au-delà des limites des départements.
La véritable question à laquelle est confronté l’enseignement supérieur dans la région n’est pas de savoir si la transformation est en cours, mais si nous parvenons à la relier.
Ce qui a commencé comme une vision visant à connecter les éducateurs à travers la région du Golfe a désormais évolué en une plateforme régionale d’influence, de collaboration et de reconnaissance. Le Advance HE Gulf Fellowship Network a été fondé sur une conviction simple : l’excellence doit être visible, partagée et collectivement renforcée.
Les réseaux transforment l’ampleur de l’impact.
Lorsque les enseignants travaillent de manière isolée, l’innovation reste locale. La réflexion demeure privée. La reconnaissance reste interne. Mais lorsque ces mêmes enseignants intègrent un réseau régional structuré, un changement s’opère. Les pratiques deviennent visibles. Le dialogue franchit les frontières. L’identité professionnelle se renforce et gagne en assurance.
Je me souviens d’une conversation lors de l’une de nos premières rencontres du réseau. Une enseignante en milieu de carrière, récemment reconnue en tant que Fellow, partageait sa réflexion sur la refonte des modalités d’évaluation afin de réduire les cas de fraude académique. Elle expliquait comment elle était passée d’examens traditionnels à des tâches appliquées, ancrées dans des contextes réels. Sa voix trahissait d’abord une certaine hésitation, comme si elle doutait de la pertinence de son expérience.
Au fil des échanges — entre questions et contributions des autres participants — son attitude a évolué. Ce qu’elle considérait comme une pratique ordinaire a été reconnu comme un acte de leadership. Quelques semaines plus tard, un autre enseignant, issu d’un établissement différent, a adopté une approche similaire à la suite de cette discussion. Ce qui avait commencé comme un ajustement dans une seule salle de classe est devenu un dialogue interinstitutionnel sur l’intégrité et l’évaluation authentique. C’est là toute la force discrète des réseaux : ils transforment des pratiques isolées en dynamique collective.
Le Advance HE Gulf Fellowship Network a été créé pour constituer bien plus qu’une simple communauté. Il a été conçu comme une véritable infrastructure professionnelle. Les Fellows reconnus, les Fellows en devenir et les dirigeants institutionnels participent à un dialogue structuré fondé sur un référentiel professionnel commun, le Professional Standards Framework (PSF 2023) . Sa disponibilité en langue arabe a renforcé cette connexion. Ici, la traduction n’est pas symbolique ; elle permet aux éducateurs d’exprimer leur impact dans une langue qui résonne à la fois culturellement et professionnellement.
Pourtant, le cadre à lui seul ne suffit pas à impulser la transformation. C’est le réseau qui la rend possible. Le PSF fournit un vocabulaire et des standards. Le réseau, lui, en assure l’amplification. Au sein du réseau, les enseignants mettent en lumière des initiatives souvent invisibles : mentorat, réforme des programmes, stratégies d’enseignement inclusives et expérimentations éthiques de l’intelligence artificielle. Lorsque ces efforts sont partagés dans un espace régional de confiance, ils acquièrent une légitimité et une influence qui dépassent leur contexte d’origine.
C’est à ce moment que la reconnaissance devient action.
Lorsque j’ai fondé le Advance HE Gulf Fellowship Network, l’objectif n’était pas simplement de créer un espace de rencontre pour les éducateurs. La région du Golfe ne manque ni de conférences ni de comités. Ce qui faisait défaut, en revanche, c’était une plateforme pérenne permettant aux éducateurs de se connecter au-delà des frontières institutionnelles, de parler un langage professionnel commun et de construire ensemble quelque chose de plus vaste que ce qu’une seule institution pourrait accomplir.
Ce que rend possible le Gulf Fellowship Network, c’est la visibilité entre pairs. Lorsqu’un enseignant d’un établissement observe un collègue d’un autre établissement faire face aux mêmes défis et comprend comment il les a surmontés, un changement s’opère. L’excellence cesse d’être exceptionnelle. Elle devient un point de référence. Et lorsque ces points de référence sont suffisamment partagés, ils finissent par devenir la norme.
C’est ainsi que les réseaux accélèrent la transformation. Non pas par des injonctions descendantes, mais par la normalisation de ce que représente une bonne pratique, laquelle, lorsqu’elle est reproduite dans un nombre suffisant de contextes, finit par devenir la norme plutôt que l’exception.
Cette évolution ne s’est pas produite uniquement par conception. Elle s’est construite grâce aux éducateurs qui ont rejoint le réseau et qui y ont apporté bien plus que leurs qualifications. Ils ont partagé leurs questions, leurs difficultés, leurs innovations et leur engagement envers un aspect souvent sous-estimé dans des systèmes centrés sur les indicateurs de recherche : l’art d’enseigner.
Le prochain Forum du Gulf Fellowship Network marque une étape importante dans cette évolution. S’appuyant sur la dynamique de la première édition, cette seconde édition s’élargit pour intégrer la conférence sur la Scholarship of Teaching and Learning ainsi que le symposium sur l’intégrité académique. Cette intégration reflète une compréhension plus approfondie : l’excellence pédagogique est indissociable de la recherche en enseignement et de l’intégrité. Ces discussions ne peuvent plus rester fragmentées.
Le Forum n’est pas simplement un rassemblement. Il constitue un signal visible que l’excellence pédagogique dans la région n’est plus une démarche individuelle. Elle devient une responsabilité partagée et une priorité stratégique. Plus encore, il témoigne d’un engagement institutionnel. Lorsque les universités investissent dans leur participation à des réseaux régionaux, elles affirment que des éducateurs responsabilisés sont essentiels à la réussite des étudiants. Elles reconnaissent que le leadership dans l’enseignement supérieur est distribué et ne se limite pas aux titres ou aux fonctions exécutives.
Les réseaux redistribuent l’influence.
Au sein du Gulf Fellowship Network, le leadership émerge à travers le dialogue. Un Fellow récemment reconnu peut influencer les instances dirigeantes grâce à une réflexion approfondie. Un responsable de département peut apprendre d’un collègue d’un autre pays confronté à des pressions d’accréditation similaires. L’influence circule de manière horizontale, et pas uniquement verticale. Dans une région marquée par une expansion rapide et des visions nationales ambitieuses, cette influence horizontale est déterminante. Les institutions développent leurs programmes, intègrent l’intelligence artificielle, nouent des partenariats internationaux et répondent aux exigences du marché du travail. Les cadres politiques donnent une orientation, mais c’est la culture qui garantit la qualité.
Les réseaux construisent la culture. Ils instaurent un climat de confiance. Ils permettent aux éducateurs de partager à la fois leurs incertitudes et leurs réussites. Ils normalisent la pratique réflexive. Ils ancrent l’excellence dans la communauté plutôt que dans la compétition.
La croissance du Gulf Fellowship Network témoigne d’une maturation plus large du paysage de l’enseignement supérieur dans la région. Le Golfe ne se contente plus d’adopter des standards internationaux ; il crée des plateformes qui les contextualisent et les font progresser. Il façonne des débats sur l’intégrité, la recherche en enseignement et l’innovation pédagogique d’une manière qui reflète à la fois les réalités locales et les ambitions globales.
La réforme de l’enseignement supérieur est souvent évaluée à travers des indicateurs et des infrastructures. Pourtant, sa durabilité repose sur un élément moins tangible : la connexion. Les cadres sont importants. Les standards sont importants. La stratégie est importante. Mais sans réseaux professionnels, la transformation reste fragmentée. Avec des réseaux, elle devient collective. Et lorsque cet effort collectif repose sur un langage commun, une reconnaissance visible et un dialogue transfrontalier, l’excellence cesse d’être ponctuelle. Elle devient intégrée.
La force d’un réseau ne réside pas dans sa taille, mais dans sa capacité à faire en sorte que ce qui se produit dans une salle de classe ne s’y limite pas. C’est ainsi que la culture évolue. C’est ainsi que le leadership se diffuse. Et c’est ainsi que la transformation s’inscrit dans la durée.